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L’ESG, une démarche incontournable pour répondre aux défis de long terme et assurer la résilience de nos sociétés, par Charlotte Gardes

Charlotte Gardes, Présidente du Comité stratégique de l’ESG Lab & Society, partage sa vision de l’ESG, un acronyme critiqué mais qui reste porteur de sens et permet en réalité d’interroger notre vision du monde.

E.S.G. Un acronyme « passe partout » qui, bien que porteur de sens, tend à être aujourd’hui quelque peu galvaudé, dans le contexte d’un « verdissement » progressif – bien qu’encore largement insuffisant – des pratiques de marché et de celles des entreprises. Un acronyme surtout largement critiqué, notamment en raison des failles et du manque de transparence des méthodologies de rating ESG (notamment). Faute d’être défini exactement et ancré dans un cadre théorique et un historique clairs, cet acronyme revient cependant, en tout état de cause, à déterminer que l’« environnement », le « social » et la « gouvernance » peuvent, voire se doivent, d’irriguer la stratégie, l’activité, le développement des entreprises. Par-là, l’acronyme « ESG » se rapprocherait peu ou prou d’une certaine dimension éthique, visant à apprécier la contribution sociétale de l’entreprise. Il permettrait ainsi d’interroger notre vision du monde : si ce n’est pour contribuer à améliorer notre environnement (au sens de l’ensemble des conditions naturelles et culturelles agissant sur les organismes vivants et les activités humaines), quel est alors le rôle de l’entreprise ?

L‘ESG doit se rapprocher de la désormais célèbre théorie du « doughnut »

Le changement climatique et le déclin rapide de la biodiversité – sans constituer les seuls défis du 21ème siècle – restent ceux qui détermineront le développement de nos sociétés pour les décennies à venir, tout en catalysant des défis sociaux et sociétaux qui leur pré (ou co)-existent. Il ne s’agit pas ici de hiérarchiser des priorités essentielles entre elles – la préservation d’un climat stable (celui de l’Holocène, qui a permis l’épanouissement de nos sociétés telles que nous les connaissons) et d’écosystèmes en bonne santé ; l’égalité (dans l’ensemble de ses dimensions) ; l’accès à l’eau, à l’alimentation, à l’emploi et à un système de santé de qualité ; la lutte contre la pauvreté ; etc… Il s’agit d’intégrer au sein de notre système économique et financier les dimensions clefs d’un développement inclusif et durable. Aussi, à mon sens, l’ESG doit se rapprocher de la désormais célèbre « théorie du doughnut » (développée par l’économiste Kate Raworth). Si le « plancher » de notre maison (ou la base du doughnut) est constitué d’acquis et/ou d’objectifs sociaux indispensables (eau, nourriture, santé, emploi, égalité…), le « plafond » (ou le bord extérieur du doughnut) demeure la borne inexorable que constituent les neuf limites planétaires (développées par J. Rockström et al.). Ces limites sont, à titre d’exemple, le changement climatique, les changements d’utilisation des sols, l’acidification des océans, ou encore les perturbations du cycle de l’azote et du phosphore. Or, la recherche scientifique récente démontre combien elles sont en danger ; certaines d’entre elles étant d’ores et déjà dépassés, en sus de points de basculement déjà atteints. Pourtant, nous – individus, sociétés, Etats, entreprises – devons vivre et nous développer entre le « plancher » et le « plafond » de notre maison. C’est finalement une idée très simple… mais ô combien complexe dans un monde qui, depuis bien longtemps et jusque très récemment, n’avait pris la mesure de la nécessaire durabilité et inclusivité de notre système économique. Voilà le « E » et le « S » désormais (presque) définis.

Les défis climatiques et environnementaux dépassent le traditionnel horizon de temps des entreprises

Manque à ce bref exposé le « G », la gouvernance : il s’agit là du prérequis indispensable à ce qui vient d’être développé. La gouvernance est tant un objectif qu’une condition préalable, et ce pour de multiples raisons, dont celle de l’horizon de temps : les défis climatiques et environnementaux sont de long terme en ce que leurs caractéristiques et leurs conséquences dépassent le traditionnel horizon de temps des entreprises (voire, des institutions). Aussi, s’assurer qu’une entreprise progresse en harmonie avec la théorie du doughnut suscitée, c’est s’assurer de la qualité et du bon fonctionnement des mécanismes de prise de décision, de la répartition des droits et des responsabilités entre les différents participants des entreprises (le conseil d’administration, les dirigeants, les actionnaires, les salariés, les parties prenantes…), de la rémunération des dirigeants, des dispositifs de prévention de la corruption, etc.

L’ESG sera inéluctablement le facteur de résilience et d’épanouissement de notre société

Aussi, «intégrer l’ESG », « développer une politique ESG », « publier des indicateurs ESG », « avoir recours à des notations ESG »… autant de pratiques d’entreprise, d’objectifs de politiques publiques, de « jargon » réglementaire, qui revêtent en réalité une dimension éminemment complexe, morale et collective. Sans avoir cru prétendre ici à une définition exhaustive de l’acronyme, et de ses applications nombreuses, je soulignerais néanmoins qu’il est urgent de comprendre l’assemblage de ces trois lettres – E, S et G – à leur juste valeur : celle d’un développement économique durable et résilient, d’une transition écologique juste, et d’un réalignement des pratiques de nos entreprises et des Etats sur ces objectifs. Pleinement saisir la mesure de cet acronyme, c’est ensuite se confronter à la difficulté – tant théorique qu’opérationnelle – de son application dans l’activité des entreprises et du système financier, dans la réglementation et la supervision du système économique, et dans la définition des politiques publiques. L’ESG n’est pas un énième « filtre » à une prise de décision économique et financière : cela sera inéluctablement le facteur de résilience et d’épanouissement de notre société, actuelle et de demain, dans un contexte d’urgence climatique – et sociale – jamais connu dans l’histoire moderne. Un défi ô combien crucial, quand on voit les tensions pouvant exister entre certains de ses piliers – en particulier le « E » et le « S » (pandémie, guerre en Europe et conséquences fortes en matière de sécurité et de justice énergétiques, etc.) … amenant des arbitrages périlleux.

Pourquoi avoir rejoint ESG Lab & Society ?

Je suis une passionnée de ces sujets. Non de la réglementation en tant que telle à laquelle j’ai eu l’opportunité de contribuer ces dernières années aux niveaux européen et national ; non des multiples interactions économiques, juridiques, sociologiques, scientifiques qui caractérisent l’ESG… mais du caractère entier de ce concept par rapport aux défis qui sont les nôtres aujourd’hui. Or, j’ai pu voir dans quelle mesure la « RSE » ou encore le développement d’une finance « durable », n’étaient pas – encore – pleinement appréhendés comme une affaire de changement, de remise en question, de contradiction, d’innovation, dans l’élaboration de nos politiques publiques, dans l’édiction de nos réglementations, ou dans la mise en œuvre de projets politiques. La transparence, via du reporting, des labels, c’est important, mais ce n’est pas une fin en soi, c’est seulement l’un des préalables… Or, il semble que l’essentiel de l’effort ait jusqu’à présent porté sur ce sujet. Pourtant, je suis convaincue que réussir la transition écologique tel que nous l’exposent le GIEC et la communauté scientifique, dans un horizon de temps qui peut – parfois – dépasser l’entendement tant le défi est immense, requiert un programme, un plan. Il est crucial que ce plan soit décliné, soit mise en œuvre, concomitamment et conjointement, par l’ensemble des parties prenantes de nos sociétés : Etat, organisations internationales, entreprises, système financier, salariés, citoyens. C’est une bonne chose en ce sens que les récentes expériences française, mais aussi américaine (notamment avec la mise en œuvre du programme Justice40, le plan d’adaptation et de résilience, ou encore les avancées législatives récentes), avancent d’ores et déjà dans cette direction. En effet, jusqu’à présent, nombre des initiatives ont relevé peu ou prou du « bonus », surtout en France et en Europe : verdir partie du système financier, responsabiliser partie des entreprises (ou de ses instances) – non dans une logique de substitution, mais d’additionnalité. Or, dans un objectif de résilience et d’épanouissement face aux défis climatiques, physiques, environnementaux et sociaux de notre temps, c’est une logique d’intégration permanente de l’« ESG » dans les pratiques des entreprises qui déterminera l’atteinte de ces dits objectifs.

En ce sens, au-delà de mon activité professionnelle, je crois que l’engagement citoyen – à tous les niveaux – est nécessaire, tant le défi est complexe. Dialoguer, mettre en pratique des idées, confronter ses certitudes, oser se voir contredit(e) – sont autant de mécanismes indispensables à la recherche scientifique dont je fais modestement l’expérience tous les jours… mais demeurent des outils encore trop insuffisamment appliqués au sein des places financières, y compris dans le contexte du développement d’une finance « durable ».

Aussi, par son projet, l’« ESG Lab & Society » vise à apporter cet espace de dialogue et de co-construction, indispensable à tout projet se situant de facto à la frontière entre le système économique qui est le nôtre aujourd’hui, et les impératifs climatiques et environnementaux qui détermineront notre épanouissement de demain. C’est pourquoi, depuis les Etats-Unis, je suis plus que ravie d’apporter ma très modeste contribution à ce beau projet d’« espace » sur l’ESG créé par Aurore Bardon !

Disclaimer : Les opinions exprimées dans la présente publication n’engagent que son auteur et ne représentent pas les opinions, décisions ou politiques des institutions auxquelles elle est affiliée.

L’ESG, une vision « augmentée » de la raison d’être de l’entreprise, par Laurent Toutain

Laurent Toutain s’est engagé aux côtés d’Aurore Bardon en tant que membre du Comité de mission de l’ESG Lab & Society. Il partage sa vision de l’ESG qui s’apparente pour lui à « une vision augmentée » de la raison d’être de l’entreprise. Il revient également sur le rôle de l’ESG Lab & Society qui, en proposant un espace de rencontres neutres avec des acteurs multi-parties prenantes, apporte une proposition nouvelle et innovante.

Les critères ESG, des indicateurs aujourd’hui incontournables de la performance de l’entreprise

ESG, trois lettres dont la signification reste encore peu connue du grand public mais qui prennent une importance grandissante dans la vie des entreprises. Elles s’imposent comme le deuxième pilier d’appréciation et d’évaluation de l’impact et des performances des entreprises à côté du traditionnel P&L (profit and loss).

Il ne s’agit plus d’ajouter en dernières pages de son rapport d’activité quelques graphiques cosmétiques et d’afficher une liste de bonnes intentions peu engageantes.

Qui souhaite sérieusement s’inscrire dans une ambition de développement durable se doit d’avoir une véritable vision de ses enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance !

L’ESG : une raison d’être « augmentée » de l’entreprise

Cette vision traduit la place que l’entreprise s’engage à prendre dans la société, son utilité sociale, mais aussi celle que les citoyens souhaitent lui voir prendre. La question de l’acceptabilité s’est considérablement renforcée avec l’internationalisation de l’économie, les crises économiques successives et plus récemment la prise de conscience de l’ampleur du défi climatique. Ce ne sont plus aux seuls actionnaires ou aux agences de notation de dicter des critères de performances, l’ensemble des parties prenantes qui interagissent avec l’entreprise veulent prendre leur part pour dessiner une raison d’être « augmentée » de l’entreprise. En effet, au-delà de la création de valeur, pierre angulaire de notre économie de marché, l’ESG s’intéresse à son partage et à la mesure de ses effets nets engendrés sur notre prospérité, notre bien-être, la biodiversité, le climat…tout simplement et plus largement sur notre vie quotidienne.

C’est à chaque entreprise de tracer son chemin en fonction de son histoire, de ses activités, de ses empreintes géographique, environnementale, de sa taille…en mettant en place une démarche sincère reposant sur deux piliers : la transparence et le dialogue.

La transparence pour construire sur des bases saines, concrètes et partagées qui contribuent à instaurer un climat de confiance entre les parties prenantes.

Le dialogue pour enrichir les points de vue, se comprendre, évaluer les divergences, dessiner les points de convergence.

La maturité de cette démarche varie profondément d’une entreprise à une autre, d’un secteur d’activité à un autre, voire d’un pays à l’autre. Le processus de normalisation en cours aidera à la construction d’un cadre commun.

 L’ESG Lab & Society : une proposition nouvelle et innovante

Un peu à l’image de M. Jourdain, je pense que j’étais personnellement et intimement porteur d’une pratique ESG dans mon activité professionnelle sans pour autant le mesurer ou en voir les contours précis ! Ce n’est que récemment en charge de l’organisation de l’Assemblée générale de TotalEnergies que j’ai pris conscience de l’importance et de l’intérêt d’adopter une approche structurée, participative et ouverte.

La voix choisie par Aurore de créer l’ESG Lab & Society a évidemment tout de suite résonné et j’ai immédiatement adhéré à l’objectif proposé de co-construction avec les acteurs de l’écosystème. L’approche collective, de partage d’expériences et de bonnes pratiques mène généralement à une meilleure appréciation des enjeux des parties. Elle ne gomme pas les différences, elle les expose, les challenge et créée des passerelles entre les visions de chacun souvent enfermé dans son univers référentiel.

Aujourd’hui les lieux permettant ces échanges libres et confidentiels des acteurs de l’écosystème n’existent pas. Les tribunes publiques où les acteurs se croisent ont tendance à renforcer les postures et les prises de positions partiales. En proposant un espace de rencontres neutres avec des acteurs multi-parties prenantes, l’ESG Lab & Society apporte une proposition nouvelle et innovante.

Présentation de l’ESG Lab & Society par Aurore Bardon

Avocate en droit social, Aurore Bardon a, dans sa carrière dans de grands groupes internationaux construit des lieux favorisant l’innovation et la rencontre d’écosystèmes. Elle a ensuite appris l’ESG dans le cœur du réacteur chez TotalEnergies. C’est de l’extérieur qu’elle souhaite aujourd’hui accélérer les transitions.

Au printemps 2021, elle se lance avec enthousiasme et crée l’ESG Lab & Society pour en faire un lieu à son image, authentique et sincère où toute une communauté évolue en confiance pour échanger et avancer vers un monde plus vertueux.

Elle a co-construit l’ESG Lab & Society avec un certain nombre d’acteurs de l’écosystème ESG (fonds, entreprises, associations …) partageant les mêmes constats :

– les acteurs de l’écosystème ESG (environnement, social et gouvernance) ne se connaissent pas ou mal, ne travaillent pas ou peu ensemble et restent trop souvent en silo ;

– les échanges dans des cadres institutionnels ne favorisent pas la confiance et la recherche de solutions communes, chacun restant dans sa posture ;

– il n’existe à ce jour aucun lieu qui permette de co-construire des solutions avec l’ensemble des acteurs de l’écosystème ESG en favorisant la création de liens durables.

Et pourtant l’urgence est là ! Une dynamique collective et une approche pragmatique sont nécessaires, avec l’ESG comme levier de transformation.

L’ESG Lab & Society, société à mission, est à la fois un lieu et une communauté destinés à accélérer la transformation des organisations vers un modèle plus durable, plus respectueux des hommes et de la planète. Favorisant les petits comités pour générer la confiance dans les échanges, l’ESG Lab & Society accompagne ses membres dans la mise en place de leur stratégie ESG par les rencontres, le partage d’expérience et la co-construction enrichie par un réseau d’experts mis à disposition.

La participation des organisations à l’ESG Lab & Society, à travers un abonnement annuel, est portée par les seules instances dirigeantes, gage de prise en compte des enjeux ESG au plus haut niveau.

Aurore s’est entourée d’une équipe formidable et de talents représentant différentes parties prenantes de l’écosystème ESG.

Le Président du Comité de mission de l’ESG Lab & Society partage sa vision de l’ESG

Jacques Maigné, ex-PDG de Hutchinson et Président du Comité de mission de l’ESG Lab & Society, partage sa vision très pragmatique de l’ESG et évoque le rôle de l’ESG Lab & Society dans ce paysage.

La crise sanitaire à laquelle nous continuons de faire face, et ses répercussions économiques, sont riches d’enseignements. Elles ont initié, ou accéléré, des prises de conscience qui créeront des changements profonds. Elles nous ont mis au défi de gérer des agendas contraignants et de relever des challenges techniques sans précédent, dont on ne sait parfois même pas, au moment où nous les mettons en œuvre, s’ils sont réalisables.

À ces défis viennent s’ajouter des discours nombreux qui compliquent et brouillent la vision rigoureuse qui nous est nécessaire pour permettre une gestion saine de ces dynamiques, et qui souvent nous empêchent de distinguer les changements profonds et durables des effets de mode, ponctuels et superficiels …

…et bien sûr, il faut tout faire en même temps.

Repenser l’entreprise à travers l’ESG 

L’urgence climatique, incontestable, a fait de l’impact environnemental de nos activités une préoccupation majeure pour les dirigeants et leurs équipes. En particulier, l’impératif de réduction de l’empreinte carbone va profondément modifier les modèles de nos entreprises et, plus loin, l’organisation économique, sociale et industrielle de notre monde.

Innover, accroître l’outil de production et former ceux qui le font tourner, reconsidérer les chaînes d’approvisionnement et répondre aux attentes sans cesse en mouvement des consommateurs est devenu une constante qui, si elle est mal conçue et mal gérée, viendra freiner le processus d’évolution.

La dimension sociétale nous permettra de façonner des structures mieux équilibrées et plus inclusives mais elle engendrera un repositionnement de chaque individu et de chaque organisation dans les nouveaux ensembles créés. Il faudra que chacun retrouve ses marques, identifie son rôle et sa mission, et cela n’est jamais chose aisée. C’est un véritable changement sociétal qui s’amorce. Nos sociétés pourront-elles facilement opérer le changement de paradigme du profit vers le sens, que la pandémie a rendu inéluctable ?  

Enfin, la gouvernance et les moyens de contrôle associés gagneront sans aucun doute en rigueur et en importance dans les systèmes de management que nous connaissons aujourd’hui. La gestion par les processus, souvent déshumanisante, pourrait faire passer l’individu après le système si l’on n’y prend garde.

Les produits qu’on vend changeront sous la contrainte – positive – des préoccupations environnementales de nos acheteurs. La gouvernance et les changements sociétaux que nous mettons en marche modifieront nos façons de vivre et de travailler.

Formation et information nécessaire de tous les acteurs 

Tout change. Mais sommes-nous en mesure de mettre en œuvre et d’intégrer ce changement dans l’harmonie et en parallèle d’un agenda sous contrainte ? La réponse est claire : non. Mais elle n’est pas inéluctable. La mise en place de moyens d’accompagnement, l’information et la formation de toutes les parties prenantes faciliteront l’adoption de ce changement, et l’équilibre de tous dans ces nouveaux systèmes.

L’information, c’est d’abord la transparence et la communication d’objectifs clairs, réalistes et inscrits dans le temps long. C’est également connaître et faire connaître les situations de manière objective et nos moyens d’action à court et long terme pour imprimer les changements nécessaires.

Dans le domaine de l’environnement, les objectifs doivent être ambitieux mais ils doivent surtout être réalistes. Il serait vain d’exiger ce que ni les technologies ni les états d’esprit ne peuvent mettre en œuvre. Ils doivent aussi faire l’objet d’un consensus, faut de quoi ils manqueraient de la reconnaissance et donc du respect dont ils ont besoin pour être atteints.

La formation consistera en l’échange de bonnes pratiques, en l’apprentissage des règles et des méthodes, en la connaissance de ce que font les autres pour parcourir plus vite, et plus sûrement la route vers la réalisation de nos ambitions ESG.

C’est cette vocation qui a motivé la création de l’ESG Lab & Society, qui répond pleinement à ces objectifs de progrès en réunissant toutes les parties prenantes et en proposant un cadre ouvert d’information et de formation dans le respect et la transparence.

L’importance de l’ESG et de l’intelligence collective pour le monde de demain, Par Laetitia Tankwe, membre du Comité Stratégique

Laetitia Tankwe, membre du Comité stratégique de l’ESG Lab & Society, livre sa vision de l’ESG et revient sur l’importance de la co-construction et de l’intelligence collective pour trouver des solutions aux défis qui sont les nôtres.

L’ESG ou devenir un acteur responsable et citoyen

Cet acronyme, qui n’est connu que par les spécialistes du secteur, ne signifie pas grand-chose en tant que tel. Ces 3 lettres ne reflètent ni une stratégie, ni une ambition et encore moins une vision.

Elle délimite un espace à traiter, les sujets environnementaux, sociaux et de gouvernance mais elles requièrent ensuite des discussions de fond entre toutes les parties prenantes afin de définir un consensus autour de l’ambition que nous souhaitons attacher à chacune de ces lettres.

Que voulons-nous pour la planète et les personnes ? Quelle est notre vision du monde ?

Le développement de cet acronyme marque cependant une évolution importante : l’économie n’est plus le seul champ à couvrir, y compris par les acteurs économiques.

Alors conservons cet acronyme et mettons-y de la substance.

Si je me place du côté financier, il s’agit, à travers les décisions d’investissement et de financement de réduire autant que possible les impacts négatifs de nos décisions sur les personnes et la planète, voire d’aller plus loin et de s’efforcer de contribuer à une transformation durable de nos sociétés.

J’ai la même lecture de ce que devrait être l’ESG pour une entreprise. La différence étant que l’entreprise agit par le biais des produits et services qu’elle met sur le marché et par ses pratiques internes et tout au long de sa chaine de valeur.

En d’autres termes, le bon niveau d’ambition en matière d’ESG va pour moi au-delà de chercher à réduire ses risques et maximiser les opportunités dans une optique de rendement financier.

Se préoccuper des sujets environnementaux, sociaux et de gouvernance, c’est être un acteur responsable, un acteur citoyen pleinement conscient de son appartenance à un écosystème, écosystème qu’il peut affecter positivement ou négativement en fonction de ses pratiques. Se préoccuper d’ESG c’est s’interroger sur le rôle de l’institution, sur le partage de la valeur, sur la définition même de ce qu’est la valeur.

L’ESG Lab & Society : trouver des solutions à nos défis par l’intelligence collective

S’il est incontestable que le niveau de confort matériel s’est très largement amélioré dans nos sociétés occidentales au cours des siècles, nous restons confrontés à de nombreux défis environnementaux et sociaux. La persistance de ces difficultés est d’autant plus intolérable que collectivement, nous avons conscience de la richesse de nos économies. Nous vivons dans un pays puissant, dont les atouts ne sont plus à démontrer, que l’on pense à sa capacité d’innovation, à la diversité de ses territoires et de sa population, à la solidité de ses institutions. Pourtant de nombreux défis demeurent.

Face à ce constat, les leviers de mobilisation ne manquent pas. Certains privilégieront l’action citoyenne via des associations, d’autres s’appuieront sur leurs compétences artistiques pour sensibiliser et ainsi inciter à l’action, d’autres mettront leur engagement au cœur de leur activité professionnelle et d’autres encore opteront pour l’action politique.

Pour ma part, j’ai fait le choix de combiner plusieurs de ces leviers. Contribuer au développement d’une finance plus durable[1] constitue le cœur de mon activité professionnelle. Ma décision de participer à l’ESG Lab & Society fait partie de mes engagements citoyens.

J’ai la conviction qu’en améliorant le dialogue entre les acteurs économiques, l’ESG Lab & Society a le pouvoir d’amplifier les transformations que nous sentons frémissantes mais qu’il est impératif d’accélérer. Parce que c’est par la co-construction et l’intelligence collective que nous trouverons les solutions aux défis qui sont les nôtres.


[1] Qu’est-ce que la finance durable ? – Finance durable (observatoiredelafinancedurable.com)

Intensification de la prise en compte de la performance ESG des entreprises, par par Lise Moret

C’est au tour de Lise Moret, Membre du Comité stratégique de l’ESG Lab & Society, de partager sa vision de l’ESG et du rôle de l’ESG Lab & Society.

Performance ESG : obtenir des preuves concrètes que l’entreprise oriente sa stratégie et son business model pour intégrer les risques ESG.

L’acronyme ESG signifie littéralement Environnement, Social et Gouvernance et se rapporte aux trois principaux facteurs permettant d’évaluer le caractère durable mais aussi profitable de façon pérenne d’une entreprise ou d’une institution.

Les critères ESG appliqués à une entreprise regroupent toutes les dimensions décrivant les relations de l’entreprise avec toutes ses parties prenantes.

Cette notion de partie prenante est cruciale pour comprendre le sens de l’ESG.  Il ne s’agit pas seulement de l’actionnaire mais aussi de notre capital naturel, des collaborateurs, des fournisseurs, des clients, et enfin de la société au sens large. Les enjeux environnementaux mesurent les retombées directes ou indirectes de l’activité de l’entreprise sur l’environnement et les ressources naturelles. Les critères concernés sont par exemple les émissions de carbone, la consommation d’eau, la pollution, les déchets. Les enjeux sociaux réunissent les sujets de capital humain comme le nombre d’heures de formation, la parité homme/femme. Il s’agit aussi de la gestion de la chaîne d’approvisionnement, la satisfaction des clients, le respect des droits humains. Enfin, concernant la gouvernance, les enjeux correspondants ont trait au fonctionnement même de l’entreprise, son conseil d’administration, les méthodes de rémunération, l’éthique dans les affaires.

La prise en compte des caractéristiques et de la performance ESG des entreprises par les investisseurs s’est progressivement intensifiée au cours des 15 dernières années, à la faveur notamment de grandes crises de gouvernance comme celle des subprimes en 2008/2009. Cette intensification s’explique aussi par la mobilisation internationale et réglementaire autour des grands risques systémiques de durabilité comme le changement climatique ou la perte en biodiversité. Pendant près de deux décennies les investisseurs responsables se sont d’ailleurs largement concentrés sur la notion de risques ESG, ou plus exactement sur la capacité des entreprises à démontrer qu’elles gèrent ces risques.

Les indicateurs les plus scrutés sont ainsi ceux comme l’existence d’objectifs de réduction des émissions de CO2, de gestion des déchets, de gestion des ressources humaines ou encore la présence d’instances d’audit indépendantes surveillant les décisions et les décideurs au sein de l’entreprise. Ce qui est plus récent c’est le fait que l’ESG aujourd’hui va plus loin qu’une seule analyse des enjeux opérationnels et qu’une liste de critères à respecter. Faire état de la performance ESG d’une entreprise ou d’une organisation – du point de vue notamment de la société civile et ou de l’investisseur – doit désormais s’accompagner d’une analyse des externalités et impacts sociétaux concrets visibles et rigoureusement mesurés inhérents à l’activité de cette institution.

La perception de la gestion des risques va aussi plus loin. Il s’agit désormais d’obtenir des preuves concrètes que l’entreprise oriente sa stratégie et son business model pour intégrer les risques ESG.

Un espace commun de discussion entre toutes les parties prenantes économiques est plus que jamais nécessaire

Les attentes en matière d’informations ESG des investisseurs, de la société civile, du régulateur, mais aussi des entreprises elles même ont évolué. Ces enjeux sont clairement considérés aujourd’hui comme stratégiques par beaucoup de centres de décision. Mais les différents acteurs économiques ne sont pas toujours alignés dans leur compréhension et leur définition de ces enjeux. Si les associations professionnelles se sont organisées et les consultations entre praticiens et régulateurs se sont multipliées au cours des dernières années autour des sujets de l’ESG, les silos sont toujours là.

Un espace commun de discussion est aujourd’hui plus que jamais nécessaire pour que toutes les parties prenantes économiques – entreprises, investisseurs, ONGs, régulateurs … – puissent débattre librement et régulièrement ensemble sur des thèmes tels que la transparence extra-financière, les objectifs climatiques, le capital humain, la biodiversité. L’ESG Lab & Society peut et va occuper cet espace.

Lise Moret a rejoint la Banque Hottinguer en mai 2021 en tant que responsable Finance Durable et Investissement à Impact. Elle est également présidente de la Commission Recherche du FIR et membre de la Commission Climat et Finance Durable de l’AMF. Lise a été au cœur de l’initiative finance durable du groupe AXA qu’elle a rejoint en 2007. Lise a débuté sa carrière en tant qu’économiste à la Banque CPR en 1997, et chez Dexia AM puis Exane BNP Paribas entre 1999 et 2007. Lise est diplômée en économie mathématique (EHESS).

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